dimanche 29 avril 2007

Umbilicaria / Tripe de roche et autres lichens comestibles




De nombreuses espèces de lichens ont servie de nourriture à l’homme dans différentes parties du monde. Au Canada, la tripe de roche est indubitablement le lichen, le mieux connu et le plus important des aliments de survie.

Les lichens se présentent sous la forme d’un thalle plat semblable à une feuille qui mesure 5 cm de large ou davantage, attaché au substrat rocheux par un seul point central. Lorsqu’il est sec, le thalle est quelque peu friable et il varie du gris au brun foncé. Quand il est humide, il devient quelque peu flasque et caoutchouteux et il est noirâtre ou vert foncé. Le dessous du thalle est ordinairement plus foncé et souvent duveteux ou poilu. Chez certaines espèces, les bords du thalle sont lisses, chez d’autres, ils sont irrégulièrement lobées ou profondément échancrés. La tripe de roche est habituellement stérile car les parties fructifères, ou apothécies, sont petites et noires et sont dispersées rapidement car elles se trouvent à la surface du thalle.

Un autre lichen peu connu comme aliment est le lichen crin-de-cheval (Bryoria fremontii) qui fut autrefois connu sous le nom de Alectoria fremontii. Il s’agit d’une espèce filamenteuse de couleur sombre que l’on trouve sur les arbres, et qui ressemble étrangement à une épaisse touffe de cheveux foncés qui pend des branches. Dans la plupart des endroits de son aire de distribution, elle peut atteindre 25 cm de long ou d’avantage. La texture du thalle sec est rigide alors qu’elle est souple et flasque quand elle est humide. Ce lichen produit parfois de minuscules coussins de granules jaune vif ou des apothécies jaunes, de forme discoïdale et dispersés le long des filaments. Il faut par contre faire très attention de ne pas la confondre avec la Bryoria tortuosa, une espèce qui lui ressemble beaucoup mais qui contient parfois en fortes concentrations un composé jaune potentiellement toxique, l’acide vulpinique. On peut distinguer cette espèce par ses filaments tordus et par ses longues et minces rayures jaunes descendant en spirale le long de ses branches. C’est probablement son goût très amer qui permet de l’identifier le mieux. Le Bryoria fremontii ne contient de l’acide vulpinique que dans ses granules jaunes fructifères.

Le lichen d’Islande (Cetraria islandica) sont aussi comestibles et bien connues en Europe du Nord. Il pousse sur le sol en plaques étendues et présente des rameaux dressés, aplaties, de diverses nuances de brun qui atteignent 7 cm de long et 1 cm de large. Les bords varient de légèrement incurvés à nettement enroulés et portent une frange assez régulière d’appendices ayant l’aspect d’épines noires et courtes. Lorsqu’il est sec, le thalle est friable, mais quand il est humide, il est assez mou et flexible. Les parties fructifères brunes et discoïdales se développent parfois aux bords des branches. On trouve certaines espèces apparentées qui sont aussi comestibles.

La tripe de roche pousse essentiellement sur les rochers de granitiques exposés des hauts plateaux et différentes espèces apparentées sont très abondantes dans tout le nord du Canada. Le lichen crin-de-cheval pousse sur des branches des conifères, tels que le mélèze, le pin et le sapin de Douglas, surtout dans les forêts montueuses de l’ouest de l’Alberta et de la Colombie Britannique. Le lichen d’Islande pousse sur les hauts plateaux marécageux et sur les sols nus et caillouteux des zones marécageuses ainsi que dans la zone de la toundra Arctique en Amérique du Nord et en Europe.

Malheureusement, sur les centaines d’espèces de lichens indigènes du Canada, seules quelques-unes peuvent être consommées. La plupart sont très amères et non comestibles en raison de la présence d’acide qu’il faut extraire en faisant tremper les lichens dans de l’eau ou en les traitant chimiquement avec du carbonate de sodium ou de potassium avant que l’on puisse les consommer. Même les espèces les plus comestibles décrites dans cet ouvrage doivent être laissées à tremper pendant plusieurs heures dans de l’eau ou dans une solution diluée de bicarbonate de soude avant de les consommer. Si l’on ne procède pas ainsi, ils peuvent provoquer des troubles digestifs. Ces lichens sont comestibles une fois l’amertume extraire. Ils ont cependant une faible teneur en protéines et en lipides. Ils possèdent des glucides dont les plus communs sont des polysaccharides, malheureusement, certaines études (Llano) indiquent que les glucides ne sont que partiellement digestibles chez les humains. Ainsi, il semble que les lichens ont leur principale valeur en tant qu’aliment en ce qu’ils peuvent remplir l’estomac en temps de disette. Ils possèdent quelques vitamines et minéraux mais sans valeur nutritive dans la plupart des cas. Il n’en reste pas moins qu’on connaît plusieurs cas où la consommation de lichens aurait empêché le sujet de mourir de faim, on sait aussi que ces plantes ont parfois fait partie du régime alimentaire habituel de l’homme.

Récolte et préparation
Ramasser de la tripe de roche en l’arrachant des rochers à la main ou avec un couteau. La laver ensuite et enlever les parties qui contiennent du sable. La laisser tremper pendant plusieurs heures dans de l’eau à laquelle on aura ajouté 5 ml (1 c. à thé) de bicarbonate de soude par litre (pinte) d’eau. Changer deux fois l’eau. Égoutter, recouvrir d’eau et faites cuire doucement pendant une heure environ, jusqu’à ce qu’elle soit tendre. La tripe de roche prend alors une consistance d’une gelée et peut être utilisée pour épaissir des soupes et des ragoûts et, en cas de besoin, il est possible de la manger telle quelle après l’avoir filtrée. On peut aussi la faire sécher, la réduire en poudre et en tirer une farine de blé. On peut également la faire cuire dans du lait, avec des œufs et du sucre et en faire une crème.

Recette de lichen crin-de-cheval à l’amérindienne
Ramasser les lichens sur des branches d’arbres, en utilisant une longue perche pour les saisir sur les branches les plus hautes.
Débarrasser les de tout rameau étranger ou débris.
Laisser tremper toute une nuit dans l’eau, de préférence courante (ruisseau ou rivière).
Creuser une fosse d’environ 1 m de côté et 75 cm de profondeur, la garnir de grosses pierres rondes, allumer un feu vif à l’intérieur et l’entretenir jusqu’à ce que les roches soient chauffées au rouge.
Enlever les cendres, placer une couche de rameaux ou de mousse humide sur les pierres, puis entasser les lichens humides en une couche de 15 à 25 cm d’épaisseur.
On peut aussi ajouter d’autres ingrédients comme des ails sauvages.
Recouvrir avec d’autres rameaux ou des mousses, puis avec de la terre, en laissant un bâton planté verticalement au centre de la fosse.
Quand cette dernière est pleine, enlever le bâton et verser de l’eau dans le trou ainsi formé, jusqu’à ce qu’on entende des roches au fond siffler et craquer.
Sceller alors le trou avec des mousses et laisser ainsi la fosse pendant 24 heures environ.
Quand on découvrira la fosse, le lichen sera une masse gélatineuse de 2 à 3 cm d’épaisseur.
On peut la découper et la manger telle quelle ou la sécher au soleil en galettes qui seront utilisées plus tard.
Il faut laisser tremper les galettes séchées dans de l’eau pour les amollir avant de les utiliser. Elles sont délicieuses dans des soupes ou des ragoûts et peuvent être mélangées à d’autres aliments comme des petites poires (amélanchier) ou cuites avec des pommes, des raisins secs, de la mélasse ou de la cassonade.
À Noter : ce lichen a représenté une source alimentaire importante pour les Indiens salish de l’intérieur de la Colombie Britannique qui le préparaient de cette façon. Si vous n’êtes pas en mesure de la préparer ainsi, vous pouvez essayer de la faire bouillir dans de l’eau pendant plusieurs heures ou, pour accélérer le processus, dans un autocuiseur. Par contre, les amérindiens qui ont vécu le temps que l’on cuisait le lichen dans une fosse vous dirons que ces méthodes modernes donnent des résultats nettement inférieurs.

Beaucoup d’explorateurs du Nord et de coureurs des bois, y compris sir John Franklin et sir John Richardson se sont nourris de tripe de roche pendant les périodes de famine et ont ainsi survécus. Pendant l’expédition de Franklin, il fut un temps où il ne restait plus à manger que de la tripe de roche et des bouts de cuir. Malheureusement, les hommes ne pouvaient pas alors les faire macérer convenablement et ils souffraient fréquemment de sérieux maux intestinaux provoqués par leur maigre régime. La tripe de roche était également consommée bouillie par les peuplades indigènes du Nord qui la préparaient avec des œufs de poisson et d’autres produits d’animaux.

En Suède, en Norvège et en Islande, on récolte commercialement le lichen d’Islande. On raconte que tous les trois ans, il est possible d’obtenir une nouvelle récolte au même endroit. Le lichen est d’abord lavé, puis séché et réduit en poudre que l’on débarrasse de son amertume, comme pour la tripe de roche, par macération dans de l’eau ou dans une solution de bicarbonate de sodium, on la fait ensuite bouillir et on récupère la gelée qui sert de base à de nombreuses soupes et crèmes légères et très digestes. On utilise également la poudre dans les pays européens pour faire des bouillies et du pain. Des quantités considérables de lichen d’Islande ont été autrefois utilisées pour faire des biscuits de marine. On pensait que le pain fait à partir de cette poudre était moins sujet aux charançons que celui fait avec de la farine de blé.

De nombreux autres lichens servent de nourriture pour les animaux. L’un des plus importants est le lichen de caribou (Cladina rangiferina), une espèce grise, arbustive, qui pousse avec des espèces apparentées en îlots denses de 10 à 15 cm de haut dans les régions de forêts et de toundra du Nord. C’est une des sources alimentaires principales du caribou dans le nord de l’Europe et il est également brouté par les cerfs et le bétail.

Le lichen crin-de-cheval a été utilisé par les amérindiens de la Colombie Britannique aussi bien comme source alimentaire que pour faire des couvertures, des capes et des chaussures. Toutefois, il n’était pas considérer comme un matériau de première qualité et c’est surtout les gens pauvres qui s’en servaient s’ils n’avaient pas de peaux d’animaux pour faire leurs vêtements. Le lichen d’Islande, assez astringent, servait au tannage des peaux de même que le lichen crin-de-cheval, il était utilisé par les distillateurs pour faire de l’alcool.

On connaît depuis l’Ancien Testament et même avant les propriétés tinctoriales des lichens. Ils permettent une large gamme de teintes et sont encore utilisées de nos jours par de nombreux tisserands. Presque tous les livres qui traitent des teintures naturelles en parlent. La tripe de roche donne une teinture d’un pourpre profond, une fois traitée avec de l’ammoniaque, fermentée puis mélangée à de la potasse ou du bicarbonate de soude. Le lichen d’Islande donne des teintures brunes ou de nuances variées et le lichen crin-de-cheval produit une teinture jaune. Cependant, si vous récoltez ces lichens pour vous nourrir ou pour la teinture, souvenez-vous qu’ils poussent très lentement et qu’il faudra les ramasser avec parcimonie, là seulement où ils sont très abondants.

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